Clém, une jeune femme de 23 ans, a pratiqué le libertinage en célibataire pendant environ un an dans le Sud-Ouest de la France. Elle a bien voulu nous faire part de son expérience et de ce qu’elle lui a apporté.

J’ai découvert le milieu libertin il y a un peu plus d’an.
En tant que célibataire, je préfère parler de libertinage que d’échangisme.

J’avais déjà une sexualité débridée, totalement décomplexée, j’avais plusieurs amis que je voyais régulièrement.
Un jour, j’ai rejoint des copains de fac dans un bar, et quand j’ai appris que c’était, avant sa reprise, un bar libertin, je me suis assurée que rien ne choquerait le patron, nous sommes montés à l’étage (où le sol était en plexiglas), et on s’est lâchés. Et les clients, en bas, n’étaient en rien dérangés.
Plus tard, j’ai rencontré, dans un autre bar (pas libertin), outre le tôlier , un beau groupe de sportifs, avec lesquels j’ai vite
accroché, et deux d’entre eux m’ont proposé, un soir, d’aller ailleurs.

J’ai beaucoup hésité, mais C. commençait à chercher à contacter d’autres femmes, je ne voulais pas laisser passer cette chance de découvrir autre chose. On est passé chez moi, j’étais en jean, je me suis mise en jupe. Arrivés au club, service voiturier, que des belles voitures, endroit discret, calme, tenue correcte exigée à l’entrée, jupe pour mesdames. Nous avons été très bien accueillis (C. et G. connaissaient les tenanciers), nous avons laissé notre vestiaire puis pris un verre au bar.

Plongée immédiate dans le milieu, les mains sortent des poches, et l’ivresse de cette sensualité m’a vite plu. La déco était un peu trop sombre pour moi: les murs noirs, une cage au milieu de la piste, lumière trop tamisée… Mais les coins câlin étaient plus éclairés. J’étais partie dans un coin avec G., C. avait repéré deux jeunes blondes, deux copines, on ne l’a plus vu avant la fin de la soirée. Avec G., nous avons croisé un couple, l’homme s’occupait de moi, c’était divin (je regrette de n’avoir pas osé leur demander leurs coordonnées), mais G. n’arrivait pas à détendre la femme, qui était scotchée à
son mec.

Fin de soirée, nous nous sommes douchés à trois (l’endroit est surchauffé, on finit la soirée lessivés), il y a toujours au moins une salle de bain, avec douches, grands miroirs, lavabos, serviettes propres, différents gels douches, du shampooing… Comme à la maison !

Autre soir, autre club, avec cinq ou six copains aux bains, où l’on trouve sauna et jacuzzi.
Là, on peut arriver en jean, vu qu’on doit aller au vestiaire, et tomber nos vêtements pour des peignoirs ou paréos.
Les peignoirs, c’était le jeu de la soirée: comme ils sont tous pareils, dès qu’on enlève le sien, on n’est plus sûr de remettre la main dessus. Et comme on met des trucs dans les poches, essentiellement des préservatifs, ça peut devenir prise de tête.

Les jacuzzi sont généralement bondés, beaucoup d’hommes seuls, c’est vraiment pas super excitant. J’avais, avec un copain, essayé de trouver une place, sans succès , et en dix secondes, j’avais senti plusieurs mains plus que baladeuses…
Le jacuzzi, parole de fille, c’est vraiment pas top, ne serait-ce que pour l’hygiène… Mais les mecs adorent.
Moi j’ai définitivement craqué pour le sauna, j’y resterai des heures. Mais les mecs étouffaient et devaient limite se relayer pour me satisfaire.

Coin massage assez sympa (juste une table de massage, l’huile est à demander à l’entrée), la pièce pouvait être fermée à clef, j’ai été massée à 8 mains, c’était énorme, j’étais toute huileuse. Je suis restée seule avec S., pour un câlin, en sortant, les autres sont tombés sur un vieux monsieur qui était à quatre pattes devant la porte, dans l’espoir de voir quelque chose… On a bien rigolé.
Ça relève vraiment du jeu, c’est complètement décontracté avec ces copains là, c’était vraiment un bon groupe.

Dans ces bains, pas de bar, pas d’alcool, mais un coin restauration, avec boissons fraîches et chaudes à volonté, fruits et Pitchs au chocolat…

Cette partie est plus grande, plus éclairée que le reste, c’est un bon lieu pour rencontrer de nouvelles têtes, une femme m’a salué par mon prénom, je ne me souvenais pas d’elle, outre le fait que je n’ai pas de mémoire, on ne voit pas longtemps les visages… J’avais « coquiné » avec elle un autre soir dans un autre club…

Autre club dans le sud de la France, super patron, un amour, je m’y suis vite sentie à l’aise. Le patron aussi m’a vite mise à l’aise, un mec bien, qui n’a pas eu une vie facile, et qui s’éclate maintenant à offrir un temple incroyable pour vivre ses désirs, son plaisir comme on l’entend. Il y a des artistes plutôt connus du grand public qui y vont incognito, au risque d’être reconnus. Les appareils photo et téléphones portables y sont interdits, ça évite beaucoup de désagréments.
Je suis descendue avec L., qui nous avait accompagné, et on a failli tout casser, c’était terrible, il y avait un attroupement de mecs, qui se tenaient à bonne distance, mais ça faisait du monde… Mais on les voit pas…
C’est un de mes meilleurs souvenirs.

J’y suis revenue, avec M. et un ami à lui, P., que je fréquentais quasi exclusivement. La soirée avait commencé moyen: ils
m’ont demandé de leur chauffer une jeune femme, ce que j’ai fait, et du coup, je suis restée toute seule, y’avait plus personne pour s’occuper de moi…
Je suis allée à la salle de bains piquer ma crise de larmes, une vraie gamine capricieuse qui veut qu’on s’occupe d’elle… D’autres femmes étaient là et m’ont consolée en tout bien tout honneur. Elles se remaquillaient, ajustaient leur tenue, il y en avait une qui essuyait doucement avec un petit coton un piercing particulièrement bien caché, et elle cherchait une fille à dominer. Là, j’ai pas été tentée, je suis remontée. J’ai retrouvé M., P. et le patron, M. et P. ont bien rigolé de mon caprice, le patron a bien voulu que je m’occupe de lui. Depuis, je l’adore…

Prix entrée 35 pour un homme seul, 25 pour un couple, Entre 15 et 0 pour une femme seule
Âge des personnes: de 18 ans à plus d’âge.

La jeunesse est vraiment appréciée, mais l’on peut être surpris de voir des femmes particulièrement âgées (des vraies mamies) se trémousser dans une cage, déshabillées de cuir… Il y a toujours des curieux, mais c’est rare.

Certains établissements font resto et bar, et c’est en poussant certaines portes, en prenant certains escaliers qu’on arrive dans les dédales d’alcôves.

La musique n’est pas vraiment le point fort des clubs. On préfère nettement, en tant que clients, un silence feutré grâce auquel on peut entendre le plaisir partagé… Certains clubs qui font boîte ont des DJ, mais leur musique est généralement électro (câliner sur des morceaux connus expose au risque soit de fous rires, soit de crises, soit de souvenirs encombrants)…

Certains établissements ont un bar (si une partie fait boîte), mais les gens qui vont là ne boivent pas plus que de raison, sinon ils restent au bar…

Généralement, il y a différentes alcôves (salle video généralement déserte, salles aux décos exotiques, salle de massage, salle de bondage, pièce commune avec voiles de séparation, salle exhib/voyeuristes…)

Pour être libre de vivre pleinement sa sexualité, la règle d’or est la protection: il n’est pas un établissement qui ne donne pas de préservatifs: que ce soit à l’entrée, dans les salles de bains ou en distributeurs déroulants directement dans les coins câlins. Il est impératif, pour soi comme pour les autres, de ne jamais prendre de risque.
Lors d’une soirée, un homme m’a approchée sans capote, mais avant qu’il me pénètre, j’avais, à la main, vérifié s’il était couvert. Il ne l’était pas, je connaissais le patron, je l’ai fait foutre dehors. On déconne pas avec ça.
Les plus grands queutards que je connais ne jouent pas avec le feu, jamais…

Le respect est une autre règle d’or. La femme décide, choisit. Il suffit de repousser délicatement un homme (même du pied, si l’on est occupée). Ceux qui insistent et qui deviennent agressifs parce qu’ils ont payé leur entrée sont mis dehors: on paye l’accès au cadre, mais les libertines ne sont pas des prostituées. Rien n’assure un homme qui vient seul qu’il prendra du bon temps…
Par contre, les femmes sont assez courtisées, et si aucun homme nous tente, rien n’empêche deux femmes hétéro de profiter l’une de l’autre en toute sensualité…
Quand je rejoins un couple, je suis particulièrement tendre avec la femme, c’est un contact difficile à avoir dans le civil, où les sentiments rentrent trop souvent en ligne de compte.

Un ami était très apprécié d’un couple, dans une soirée, et l’homme lui avait demandé de prendre sa femme, il les regardait en se caressant. L’ami en question ne manque pas d’énergie, plutôt bien bâti, il leur a tellement plu qu’ils l’avaient invité chez eux (plutôt dans le nord de la France), mais il n’y a pas eu de suite.

J’ai vite appris que la présence de libertins non échangistes (quand on est seul ou qu’on vient entre amis) agace parfois les échangistes purs et durs (du snobisme hors sujet, selon moi)

Mis à part les soirées en club, C. organisait de temps en temps chez lui des barbecues qui se terminaient en véritable baisodrome… C’était une période où j’appréciais particulièrement la compagnie de l’un des sportifs, J., que j’avais
parfois du mal à partager. On ne maîtrise pas toujours l’émotionnel, là j’avais vraiment craqué sur lui, mais un jour, il m’a parlé d’une rencontre qui l’avait beaucoup marqué, j’ai été blessée, alors que nous n’étions pas sur une base exclusive, je suis partie, on ne s’est plus revus. J’ai revu ses collègues, mais pas lui. Il me manque, mais j’ai arrêté depuis de sortir.

Pour ce qui est de l’état d’esprit des participants, les sportifs que je connais sont vraiment là pour s’amuser (quand on y va en groupe de 10, qu’on circule partout, qu’on s’appelle d’une pièce à l’autre, c’est comme à la colo, c’est complètement ludique, on fonctionne complètement au désir, c’est on ne peut plus sain.
L’autre groupe est plutôt là dans une optique de faire un carton, d’en profiter au maximum, de faire un peu d’exhibition, mais on est toujours au courant des coups des autres (on essaye de rester en contact), on part plus chacun dans son coin pour découvrir le plus de monde possible… Et on se retrouve à la fin pour faire le point autour d’une coupe. On s’éclate aussi, mais ça fait une petite compèt’…

Les éléments malsains sont vite mis dehors: ce sont généralement des célibataires mal dans leur peau qui n’osent pas demander les services de prostituées, et qui tentent donc de profiter des clubs… Mais ils ont une attitude franchement peu raccord avec les chartes de conduite des club, et n’ont pas plus de succès.

Pour ce qui est des participants SM, comme personne n’est obligé de faire quoi que ce soit, on n’a pas à suivre le délire si on ne veut pas. Les salles de bondage sont rares et généralement plutôt soft, c’est essentiellement du bondage, rien de trop poussé. La pratique de la sodomie est également assez rare dans les clubs, il y a beaucoup de douceur, un homme sera
un peu brusque, uniquement si la femme le lui demande. Le respect prévaut sur tout.

Je considère que le libertinage est une approche très saine de la sexualité: le sexe porte encore trop de préjugés, c’est un objet de culpabilité, de honte dans notre société judéo islamo chrétienne… Ces endroits sont de vrais temples sacrés du désir, du plaisir, sans tabous… Il faut simplement en connaître les règles et les respecter.

Il faut vraiment être net, clair dans sa tête pour aller en club, pour se plonger dans le libertinage. Les sentiments, c’est certainement très bien, mais là, ce n’est vraiment pas leur place. On n’est pas là pour ça. Par contre, ceux qui viennent en couple vivent très différemment le libertinage, c’est pour eux un partage supplémentaire avec l’autre, je pense que ça les enrichit vraiment. Mais je ne peux pas parler pour eux, c’est une expérience différente.

Les libertines sont souvent mal perçues, c’est vraiment dommage. Il nous faut juste faire attention à nos désirs. Quand on manque de tendresse, à défaut d’amour, on peut en trouver un semblant dans ces soirées, mais il faut rester vraiment claires, rester honnêtes envers nous même. C’est terriblement agréable d’être regardée, caressée, beaucoup de fantasmes se réalisent. Parfois trop, il ne m’en reste plus vraiment… Mais j’ai vraiment profité, ce sont des endroits où
l’on est vraiment traitées avec respect. Il faut vraiment se détendre et se laisser porter par ses désirs…